Mars 2015
Devoir de mémoire.

Des hommes, des femmes et des enfants assassinés. Des milliers d’autres déplacés dans une quête éperdue de survie vers des rives incertaines. Des vestiges témoins du passé assyrien et perse récemment détruits à Mossoul, ville d’Irak, par le fanatisme et l’obscurantisme. La liste des tragédies est longue en ces temps troublés pour décrire un monde dont on ne sait où il va si ce n’est qu’il en augure malheureusement d’autres encore à venir et pas seulement climatiques.
Bien sûr la France est loin de ces affrontements meurtriers qui rythment dramatiquement le quotidien de bon nombre de pays même si elle est engagée militairement dans certaines parties du globe. Notre démocratie est de tradition ancienne et se fonde sur des institutions qui font consensus tout du moins dans leur principe. En cela elles sont les garantes de la cohésion sociale et du pacte républicain qui lient chacune et chacun d’entre nous au sein d’une communauté de valeurs aux caractères imprescriptibles.
Mais sommes-nous si loin de ces drames épouvantables ou n’ont-ils pas quelque chose à voir dans l’éclatement de sociétés dévastées par des conflits religieux ou ethniques où le vivre ensemble n’est plus qu’un lointain souvenir ? Ces pays paient aujourd’hui un lourd tribut pour ne pas avoir su/pu installer une tradition démocratique au sein de laquelle la libre expression avait toute sa place. Sauf à ne pas voir par ignorance ou égoïsme. Il est des signaux inquiétants qui indiquent que notre société se rompt en profondeur tant le déclassement économique et social touche nombre de nos concitoyens, les renvoyant au mieux au désenchantement, au pire à la défiance et à la désespérance de nos institutions.
Le récit national tel qu’il a pu être façonné par l’Histoire n’est plus. Les grandes figures de la République se sont estompées au profit d’un discours gestionnaire sans relief dans lequel peu se reconnaissent ! Les actes récents antisémites, la stigmatisation des musulmans, le refus d’acceptation des différences, le repli communautaire ne sont-ils pas les signes d’une société qui se vide de sens collectivement et au sein de laquelle un grand nombre de nos concitoyens ne trouvent plus leur place dans une vie décente.
Qui pourrait s’étonner qu’ils ne se laissent pas séduire par les postures de quelques-uns dont les slogans démagogiques et la stigmatisation de la différence sont le fonds de commerce facile, les trompant en leur promettant un avenir dont ils savent bien qu’il ne pourra être tel qu’il l’offre aux plus démunis ?
Nous avons un devoir de mémoire éminent pour rappeler chaque jour, en tous lieux, que l’absence d’éducation, l’ignorance, l’éradication du passé, le déclassement, le fanatisme sont les germes mêmes qui conduisent nos sociétés au chaos comme l’histoire l’aura montré maintes et maintes fois !
Bien sûr il n’y a rien de comparable entre les assassinats perpétrés au nom d’un dévoiement du religieux et la destruction de trésors archéologiques sauf à considérer que cela relève d’un même mouvement de refus de la démocratie pour installer la pensée unique au nom de laquelle le doute, le débat seraient définitivement exclus !
Nous sommes les héritiers des Lumières qui nous obligent non seulement au devoir de mémoire mais aussi à maintenir haut les valeurs démocratiques. Les associations en sont les acteurs de premier plan !
Le Président
Francis Bouten