Un métier en danger…

Disons le sans ambages : Conduire l’éducation de certains adolescents difficiles au sein des Foyers de la Protection de l’Enfance devient un exercice particulièrement risqué !

L’Association a toujours récusé sans ambiguïté tout recours à la violence quelques soient les circonstances tant vis à vis du public accueilli que des professionnels. Est-ce utile de le rappeler ? Une position de principe et une exigence éthique inscrites au cœur du Projet associatif.

Toutefois, force est de constater que la récente condamnation d’un cadre de l’Association en première instance parmi d’autres évènements similaires dans une actualité plus large met cruellement en lumière la place à accorder aux paroles des adolescents lorsque celle-ci a pour objet de mettre en difficulté l’adulte en exercice d’autorité.

Que dire également du signalement fait à l’ASE à l’initiative d’un médecin psychiatre à propos de traces de coups constatés sur un enfant sans même une concertation préalable avec la direction de l’établissement concerné ?

Si ce n’est que la précipitation l’emporte souvent sur le raisonnement distancié. Il s’avérera plus tard que les traces de coups n’avaient rien à voir avec l’établissement mais la suspicion avait déjà commencé à faire son œuvre.

En effet, bien trop souvent, certains adolescents n’ont plus que la violence pour exprimer tous les désordres psychologiques et affectifs qui les rongent inlassablement depuis tant d’années. Face à cela les éducateurs, parfois désarmés devant des débordements extrêmes n’ont d’autres solutions que de chercher à les contenir afin de les protéger de leurs propres excès mais aussi de leur rappeler les indispensables limites à ne pas franchir.

Tel aura été le cas dans l’affaire qui nous occupe ou la démarche de contention et d’autres aspects pédagogiques auront été assimilés à de la violence exercée à l’égard d’adolescents !

Une thèse retenue par la justice qui n’aura pas pris en compte la violence exercée par les jeunes à l’égard des adultes qui les accompagnent dans leur quotidien au sein des Foyers de la Protection de l’Enfance.

Des situations hélas trop souvent répétées vis-à-vis desquelles les réponses éducatives apportées doivent être étudiées à leur juste mesure par l’ensemble des intervenants en toute impartialité et à la seule lumière objective des faits.

En l’état, Le sentiment qui se dégage de cette affaire qui fait l’objet d’un appel par ailleurs, est que le métier d’éducateur auprès des adolescents difficiles doit être appréhendé sous toutes ses facettes. La violence patente de certains adolescents doit être prise pour ce qu’elle est, condamnable et sanctionnée sans détour. Elle ne saurait donner le sentiment d’être excusée au nom d’une histoire personnelle difficile. En corollaire si la violence du professionnel ne peut être recevable la contention comme réponse éducative doit avoir droit de citer quelque soit l’utilisation ultérieure que pourrait en faire le jeune concerné.

Faute de quoi il ya tout lieu de penser que les professionnels déserteront peu à peu ce domaine d’intervention, déjà complexe par nature, pour ne pas s’exposer davantage à des risques d’ordre pénal avec de manière concomitante la tentation de l’évitement du conflit pour se préserver !!!

A l’instar de ce qui s’est passé récemment dans un autre établissement où l’intensité du passage à l’acte de la part d’adolescentes n’aura eu d’égale que l’impuissance des éducateurs à y faire face…

L’autorité est une notion aujourd’hui en grave danger. L’assumer c’est incontestablement prendre le risque de s’exposer. S’y refuser par opportunisme ou par faiblesse conduira les adolescents immanquablement à l’échec dans une société dont chacun s’accorde à dire que le lien social se rompt durablement.

Personne n’y gagnera et surtout pas les adolescents pour lesquels le besoin de repères sociaux élémentaires devient un vrai enjeu de société !
Ce débat doit avoir lieu sans délai.
L’Association s’y attachera avec conviction et responsabilité

Le Président,
Francis BOUTEN